De nos jours : Marie vient d'ouvrir la maison de la plage qui ne va pastarder à accueillir la joyeuse troupe familiale. C’est une vieillemaison de famille où des générations sont venues passer les vacanc...es d’été au bord de la mer. Et la tradition se poursuit !
Dèsles premières pages s’installe une atmosphère étrange, un malaise.Marie sent une présence invisible, elle a l’impression d’être observéeà l’instar du héros du "Horla".
Aurions-nous affaire à unroman fantastique dans la veine des récits hoffmanniens où l'histoirebascule, passant d'une réalité ordinaire à un monde merveilleux etsurnaturel ? C’est ce que nous serions tentés de croire quandl’atmosphère se nimbe d’étrangeté, lors d’une mystérieuse apparitionsur la grève déserte de la station balnéaire encore fermée … mais chut…je ne vous en révèlerai pas plus, ne voulant pas vous ôter le plaisirde la lecture.
Et pourtant, alors que nous pensions être aucœur du fantastique, nous voilà ramenés brusquement sur terre. Sansquitter la maison, nous allons accomplir un voyage. Un voyage proustiendans le passé.
Avec brio, l’auteur jongle ici avec les époquesreliées au présent par un subtil jeu de correspondances, rendantsensible l'épaisseur du temps et les sortilèges de sa réversibilité :nous voilà transportés en 1852, en janvier, dans le quotidien despêcheurs à pied et des paysans dont nous allons partager la vie ocombien difficile. Le roman change alors de registre. Avec cetteplongée dans la vie besogneuse des petites gens du XIX e siècle, ceshumbles qui nous sont décrits avec un réalisme de détails etd’expression, nous passons à une chronique dans la veine des grandsromans du terroir, avec en toile de fond la vie difficile dans unsiècle où les jeunes gens se voyaient souvent contraints de quitterleur pays pour aller chercher fortune dans des terres lointaines.
Mais n’y voir qu’une chronique historique ne rend pas justice au livre.Tout en tissant les fils d’un drame dans lequel les secrets de famillese nouent et se dénouent, l’auteur donne à son roman l’allure d’unesaga familiale. Une chronique qui, avec ses rebondissements et sonsuspense, prend presque des allures de thriller. La maison va se mueren cercle implacable – l’endroit où l’on naît où l’on meurt – et qui serefermera sur le clan ...
Mais qualifier ce roman (seulement)de saga familiale n'en épuise toujours pas le contenu. Ce roman estaussi et avant tout un roman d’aventures, qui nous fait quitterl’espace clos pour les grands espaces, l'inconnu : tribulationstumultueuses, travestissement, foisonnement de personnages, pirates,exotisme oriental : voilà maintenant réunis tous les ingrédients duroman populaire – qualificatif qui n’a rien de péjoratif sous ma plume,au contraire.
Nous vivons les aventures romanesques de l’héroïnelors de son grand périple en mer. Une odyssée maritime qui apparente leroman aux aventures d'Arthur Gordon Pym.
Et comme dans unthriller, le lecteur est toujours tenu en haleine : un double suspenseaffecte simultanément les deux niveaux du récit, les deux planstemporels : on s’interroge, d’une part sur les événements "passés" - sile lecteur frissonne en se demandant ce qu’il va advenir de Mathilde aucours de son périple, dans cet univers exclusivement masculin, réputéimpitoyable, il n’en reste pas moins curieux du destin de ceux qui sontrestés au pays, sa mère et de son père- , et d’autre part, ils’interroge aussi sur le déroulement des événements laissés en suspensdans le "présent" - entendons ceux du XX e, l'univers de Marie qui estaussi le nôtre.
Récit fantastique, chronique historique ouroman de mœurs, roman d’aventures ou saga familiale ? Ou encorethriller ? Mathilde, décline à lui tout seul tous ces genres.
Maisn’allez surtout pas croire que ce roman inclassable manque d’unité : àla fin du récit, les différentes pièces du puzzle s'emboîtent pourrendre son épaisseur à la réalité éclatée.
En un mot : "Mathilde"est un roman subtil qui conjugue avec brio chronique historique etaventures romanesques, mystère et palpitant thriller.
Même inclassable, ce roman peut être classé parmi ceux qui captivent leurs lecteurs !